Stéphanie*, 44 ans, maman et belle-maman, a comme tant d’autres femmes de sa génération, a longtemps cru qu’elle pourrait échapper au modèle qu’elle avait connu enfant: celui d’une mère qui portait tout, tout le temps. Aujourd’hui, elle témoigne – avec lucidité mais aussi une pointe de déception – sur son choix d’arrêter de se battre pour une répartition égalitaire des tâches avec son conjoint.
Le rêve d’une maison où tout se partage
Quand Stéphanie se remémore ses débuts de vie d’adulte et la manière dont elle envisageait sa vie de famille, les choses semblaient assez claires : elle savait très bien ce qu’elle ne voulait pas reproduire: “Ma mère faisait absolument. Elle travaillait, mais à la maison, c’était elle qui gérait tout : le linge, les repas, l’organisation, l’administratif, les rendez-vous médicaux… et nous, les enfants, on en faisait un peu… Mais mon père ? Rien.”
Alors, quand elle a construit sa propre famille — d’abord avec un premier conjoint, puis avec son compagnon actuel — elle avait une conviction : les choses devaient être différentes.“Je voulais un couple qui fonctionne sur l’équilibre. Que ce soit naturel de partager les tâches, que mon conjoint prenne sa part sans qu’il faille demander, rappeler, insister.”
Une bataille de longue haleine
Mère et belle-mère de 3 enfants – une grande fille de 16 ans issue de son premier mariage, un petit garçon de 8 ans avec son compagnon actuel, et belle-maman d’un ado en garde alternée, et avec un temps de travail variable en tant que prof d’art et animatrice d’ateliers, son organisation familiale est complexe et la charge mentale est omniprésente, comme toutes les femmes de sa génération.
“Au début, je croyais que c’était possible. J’ai testé toutes les méthodes : les to-do lists, les plannings visuels, les tableaux de répartition des tâches… J’ai même essayé la grève des corvées pour éveiller les consciences.”
Le résultat ? Frustrant. Epuisant.
“Mon conjoint n’était pas opposé à aider. Mais il fallait toujours demander, redemander, expliquer et vérifier. Au final, ça me prenait plus de temps et d’énergie que de le faire moi-même. Avec les enfants, même combat.”
La grève qui tourne au chaos
Lorsqu’elle a tenté la fameuse “grève des tâches”, le constat a été amer: “La maison était dans un état catastrophique. Les enfants râlaient parce qu’ils ne retrouvaient plus leurs affaires. Mon compagnon se plaignait du bazar… mais ne bougeait pas pour autant. Et moi, je vivais dans un environnement que je détestais. J’ai fini par craquer.”
Un mois plus tard, après avoir remis la maison en état au prix d’une fatigue énorme, Stéphanie a tiré une conclusion douloureuse : se battre pour une répartition égalitaire des tâches lui coûtait trop cher.
Choisir la paix, au prix d’un renoncement
Aujourd’hui, Stéphanie a fait un choix. Un choix de résilience, pas de résignation:“j’ai pris une aide-ménagère une fois par semaine. Et pour le reste… je fais beaucoup moi-même. Je demande moins. Moins à mon conjoint, moins aux enfants. Pas par conviction féministe, bien au contraire. Mais pour ma paix intérieure », et ce n’est pas sans un pincement au cœur.
“C’est un véritable échec pour moi. Toute ma vie, je me suis battue pour un couple où tout serait partagé. Je voulais être ce modèle de femme libre, qui n’a pas tout sur ses épaules, mais je n’y suis pas arrivée. Mon compagnon n’a pas été éduqué pour ça. Et je n’ai plus envie de m’épuiser à l’éduquer.”
Une bataille générationnelle ?
Stéphanie constate d’ailleurs que beaucoup de femmes de sa génération – la quarantaine – vivent la même désillusion.
“Autour de moi, c’est un sujet récurrent. On a voulu croire qu’on pouvait tout changer. On a voulu croire que nos compagnons seraient les partenaires égaux qu’on espérait. Mais les schémas restent ancrés. Et à force de se battre, on finit par y laisser trop de forces.”
Cela ne signifie pas qu’elle a renoncé à transmettre d’autres valeurs: “Mon fils de 8 ans participe. Je lui apprends qu’un garçon aussi doit savoir faire à manger, ranger, repasser, organiser. Il fait déjà plus de choses que son père ! Mais je suis lucide : le modèle qu’il voit à la maison compte aussi. Et pour l’instant, ce modèle reste imparfait.”
Faire la paix avec soi-même
Finalement, Stéphanie l’assume : ce n’est pas la solution idéale, mais c’est la sienne, aujourd’hui. “J’ai choisi ma paix plutôt que la guerre quotidienne. C’est un deuil, celui de mes idéaux. Mais c’est aussi une forme de maturité: accepter que je ne changerai pas tout, que je ne porterai pas la mission d’éduquer mon compagnon en plus de tout le reste.”
Et elle conclut avec lucidité : “Est-ce que j’aimerais avoir plus de temps pour moi ? Oui. Est-ce que j’aimerais que mon couple fonctionne différemment ? Bien sûr. Mais aujourd’hui, j’ai besoin de sérénité. Et pour l’instant, c’est ce compromis qui me l’apporte.”
*Prénom d’emprunt.

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