Nous avons accueilli un fils: mon récit d’accouchement

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17h32. C’est l’heure à laquelle, je vous partage mon récit d’accouchement. Et c’est aussi l’heure précise à laquelle j’ai donné naissance à mon mon dernier enfant, un mois plus tôt
28 jours. C’est le temps qu’il m’a fallu pour redescendre de mon nuage, mais surtout pour réaliser que nous avions un enfant pour de vrai.
Alors je me suis dit que c’était le bon moment pour raconter son histoire et la mienne.

Parce qu’en réalité, tout commence bien avant sa naissance

C’est l’histoire de deux amoureux ayant déjà un passé : ils ont vécu une précédent couple avant de se connaître, se sont mariés, ont eu des enfants, et ont surtout vécus les aléas de la vie et les échecs, aussi bien privés que professionnels.

Ensemble depuis quelques années déjà et vivant une vie de famille recomposée assez mouvementée, ils se sont fait une promesse, presque comme une protection : ne jamais avoir d’enfant ensemble.
Par peur que ce soit trop.
Par peur de ne pas être assez.
Par peur de l’échec aussi, après des séparations chaotiques.
Par peur de déséquilibrer un équilibre déjà fragile – parce qu’une famille recomposée, ça l’est toujours, et particulièrement la leur.

Cette histoire, c’est notre histoire, à mon mari et moi. Mais cela pourrait être la vôtre.

Et puis il y a eu cette envie, plus forte que tout le reste, longtemps tenue à distance, mais devenue de plus en plus puissante :

Avoir un bébé, ensemble.

Une fois décidés, nous avons espérés très fort qu’un bébé arriverait rapidement… Mais comme souvent, les choses n’ont pas été si simples… Il a fallu se battre, mais aussi faire preuve de résilience… Et puis un jour – plus de deux ans plus tard – et alors qu’on avait presque baissé les bras, ce petit être qu’on aimait déjà s’est accroché en moi.

Une grossesse vécue comme un cadeau précieux, à plus de 40 ans, mais aussi avec la peur que tout s’arrête.

Pourtant, les semaines, les mois ont défilés, et si le voyage fut quelque peu mouvementé, nous sommes enfin arrivés la fin de grossesse. La rencontre avec bébé se faisait imminente, et nous étions si impatients!

De mon côté, j’en été convaincue : j’accoucherais tôt, vers 36 ou 37 semaines, tout au plus, comme pour mes deux précédentes grossesses

Mon médecin m’avait d’ailleurs demandé d’arrêter de conduire plusieurs semaines auparavant, pour cause de contractions et de col malicieux. Celles-ci faisaient partie de mon quotidien, ponctuées de plusieurs fausses alertes… Finalement – et presque contre toute attente – mon corps a tenu, dépassant les 37 semaines de grossesse. Arrivée à 38 semaines, quelque chose semble enfin se mettre en place; en rdv chez la gynécologue, elle constate que mon col est mou et ouvert à 2 cm.

On est persuadés que ça va arriver d’ici un jour ou deux, et on fait en sorte que ça arrive : on part en balade pour provoquer les contractions et, gagné, un travail s’installe… puis s’arrêtent deux heures plus tard.
Le lundi, nous avons rendez-vous à la maternité. Je suis à 39 semaines et 1 jour. Je m’attends à ce que mon col ait bougé. Pourtant, rien n’a évolué.

Je repars chez moi déçue, fatiguée, avec ce corps qui travaille sans avancer, et cette envie immense de le rencontrer enfin.

Mon corps travaille depuis des semaines sans jamais aller au bout, et cela me mine un peu. Alors, je fais ce que je peux pour passer le temps: j’organise les jours à venir pour nous et les enfants, j’organise la maison, je trie. Je dois retourner à la maternité le mercredi, et je sais ce qui plane au-dessus de ma tête : avec l’hypertension qui remonte et les risques que cela implique pour moi et bébé, un accouchement provoqué sera prévu, et je n’en ai pas envie.
La nuit arrive et je vais me coucher en espèrant qu’il s’y passe quelque chose : contraction, poche des eaux rompues… Je me réveille le mardi et… rien. Cependant, en me regardant dans le miroir au sortir de la douche, je constate que quelque chose a changé : mon ventre est descendu. il est plus bas, plus lourd. Je prends une photo, presque instinctivement, au cas où ce serait la dernière.

Dans la matinée, je perds le bouchon muqueux, avec un peu de sang.

J’appelle la maternité. J’ai droit aux questions habituelles : Oui, je contracte un peu. Non, ce n’est pas régulier. Non, ça ne fait pas vraiment mal. Je dépose ma plus petite à l’école et je rentre à la maison. J’essaie de m’occuper, de faire un peu d’administratif, de rester dans le quotidien, tandis que les contractions vont et viennent. Parfois rapprochées, parfois inexistantes. En vérité, n’y croyant plus vraiment, je laisse courir et fait ma petite vie.
À 13h, mon mari à un rendez-vous important, loin de la maison. Avant qu’il parte, on déjeune ensemble, et il me demande si ça va ou s’il annule.

Je le rassure : il ne se passe rien de plus que d’habitude .

Il part et je décide d’aller faire une sieste… je n’arrive cependant pas à dormir vraiment : les contractions pourtant irrégulières me sortent de de mon sommeil dès que j’arrive à m’endormir. Vers 15h30, le mari m’appelle. Son rdv est terminé, et on discute de choses simples. Sans m’en rendre compte, les contractions sont plus présentes. Lors de notre conversation téléphonique, les silences s’installent entre mes phrases: je m’arrête parfois pour respirer, pour me concentrer.Mon mari me le fait remarquer, mais je minimise.

Et puis il y a CETTE contraction. Brutale. Puissante. Celle qui fait basculer l’instant. Un cri m’échappe, animal, incontrôlable. À ce moment précis, je sais. C’est pour aujourd’hui.

Je pleure au téléphone, et dit à mon mari qu’il faut qu’il rentre. Il est déjà sur la route, et me coache au téléphone tandis que les contractions s’enchaînent, puissantes, très proches. Je sens le bébé descendre, mon corps presque pousser.

Mon mari arrive et me découvre agrippée à un meuble, accroupie, le dos rond, les jambes écartées. Je vocalise. Des sons que je ne reconnais pas vraiment comme venant de moi. Il m’entoure de son corps, m’accompagne dans cette contraction d’une intensité folle.
Quand elle se termine, il me dit simplement : « On y va » .

Mais à peine la porte franchie, une nouvelle contraction me cloue sur place. Je m’agrippe à la voiture, et je fais exactement la même chose qu’à l’intérieur : le dos rond, les hanches ouvertes, le corps qui se balance, le cri qui sort. Deux adolescentes passant dans la rue me regardent, interloquées.

La contraction passe. Je monte dans le véhicule, direction la maternité.

Dans la voiture, entre les contractions, je relâche complètement mon corps. Comme si je dormais. Je fais de mon corps une matière molle, presque liquide. Cela ne m’étais arrivé pour aucun de mes accouchements précédents, mais je sens que mon corps en a besoin.

Les contractions sont très rapprochées, et surtout d’une puissance que je n’ai jamais connue.

Je me mets naturellement dans une bulle, je n’ai aucune notion du temps, et je me laisse emporter par les vagues : je m’ouvre, je relâche,et des sons sortent de moi, bruts, animaux. Plus tard, mon mari dira en souriant que ça ressemblait au brame du cerf. Arrivés à l’hôpital, je sais que je vais devoir traverser un hall bondé, alors j’attends qu’une contraction passe depuis la voiture, avant de sortir et de marcher aussi vite que possible pour arriver à l’ascenseur.

Je vois des gens, sans vraiment les voir.

L’ascenseur arrive. Il est vide, et heureusement : à peine les portes se ferment qu’une contraction m’emporte. Je m’agrippe à la barre, je me plie, je vocalise.


Puis ça passe.

Lorsque j’arrive en salle d’accouchement, Il est environ 16h35.
Les sages femmes m’auscultent et me parlent de 5, peut-être 6 centimètres d’ouverture. Dans ma tête, je pense avoir encore quelques heures de travail – et donc de contractions – avant d’accueillir notre fils. Vu l’intensité de celles-ci, je me dis que je ne tiendrai pas des heures comme ça. Je demande alors une péridurale ambulatoire, pour pouvoir me reposer, reprendre mon souffle tout en continuant à me mobiliser ensuite. Elle fait effet très rapidement et je souffle à nouveau.Je me repose, totalement couchée dans le lit de la salle d’accouchement.
Je pense avoir encore du temps devant moi avant la délivrance.


Je me trompais. Vers 17h15, je sens vite que quelque chose repart…


Vers 17h15, je sens que ça repart, et tout d’accélère : les contractions s’enchaînent, serrées, intenses, et surtout… je sens que ça pousse. Par Trois fois, je le dis à ma sage-femme : On ne me me fais pas de toucher – comme je l’avais demandé, – alors je navigue au ressenti, à l’instinct.
Et au final, alors que j’imaginais me mobiliser ou aller dans un bain, je reste dans le lit, toute molle entre deux vagues, comme si mon corps avait décidé que la meilleure façon de tenir, c’était de s’abandonner complètement.

Et puis, ce moment que je reconnaîtrai après coup comme la phase de désespérance, ou je sors soudain de ma bulle pour me mettre : je pleure, je rigole, je parle et, surtout, je pars dans tous les sens : “j’ai peur… je ne vais pas y arriver… On va vraiment avoir un bébé? Mais on ne va jamais assumer tout ça! Et si je n’en étais pas capable? Et s’il lui arrivait quelque chose? Et si je n’arrivais pas à pousser correctement ». Bref, je pars un peu en vrille.

Mon mari me regarde, calme, et me ramène : “Tatiana… tu as déjà accouché trois fois. Tu es en train d’accoucher. Tout va bien se passer, tu es la meilleure.”

À 17h29, je ressens une pression immense à l’intérieur de moi. Un truc impossible à décrire autrement que : ça va exploser. Et là… la poche des eaux cède d’un seul coup. Un vrai barrage. Une vague. Je suis sidérée (et la sage-femme aussi, elle a failli en prendre plein le visage 😅). Pendant une seconde, je stresse : “mais je vais devoir gérer les contractions sans liquide maintenant ?” Instant où les sages-femmes me préviennent:

“Non, non, non… votre bébé est là. Donnez vos mains et venez chercher votre bébé»

Je pousse à peine. En vérité, je ne sais même pas vraiment qui pousse : moi, mon corps, lui…?

17h32. Je tends les mains. Je l’attrape, le remonte, et à l’aide des sage-femmes, je le mets contre moi.

Le monde peut s’écrouler, plus rien d’autre n’existe

Je ris. Je pleure. Je souffle. Je le regarde. Mon mari rit, m’embrasse, sautille de bonheur, les yeux embrumés. On s’aime encore plus fort.
Il est là. Vraiment là, ce bébé longtemps rêvé, attendu. Après des mois de peur, de tension, d’attente… il est dans nos bras, et le temps ralentit.
Le placenta arrive rapidement, presque sans que je m’en rende compte.

Je suis ailleurs. En peau à peau avec mon si petit bébé, je suis complètement absorbée par lui. Il est couvert de vernix. On s’en étonne. Il pleure, s’agite un peu, puis trouve le sein et se calme.
À cet instant-là, il n’y a plus rien d’autre. Mais je perds pas mal de sang. Je le sens. Les sages-femmes observent, attentives, sans m’inquiéter davantage. Tout finit par se stabiliser, mais on doit s’occuper de moi. On propose alors à mon mari de prendre le relais du peau à peau. Son fils dans les bras, je le vois fondre devant ce tout petit être qui vient de changer notre vie.

Je sais déjà qu’on ne sera plus jamais les mêmes

Une fois en chambre, on appelle en visio chacun de nos enfants pour leur montrer leur petit frère en primeur.


Puis vient la nuit…

Mon mari rentre et je me retrouve seule avec ce si petit bébé, en peau à peau. Je passerai la nuit à le sentir et le regarder sans pouvoir fermer les yeux.
Dans la pénombre de la chambre, il se passe quelque chose en moi… Cette nuit-là, je comprends que je n’avais plus vraiment souvenir de mes autres accouchements : de cette émotion ressentie quand on accueille un bébé. Pas seulement parce que le temps a passé et que mes enfants ont grandit – surtout parce que la vie a pris toute la place : les difficultés de mon couple d’avant avec le papa de mes 3 premiers enfants. La séparation, le divorce, les aléas de la reconstructions, les traumas qui en découlent et tout ce que ça emporte avec soi. Tout ce que ça écrase aussi.
Sans m’en rendre compte, j’avais été déconnectée de la beauté de ces moments. De la rencontre. De la naissance. De ce bouleversement immense. Mais cette nuit-là, tout est revenu : mes 3 autres accouchements. Les 3 autres nuits. Les 4, maintenant.

Je me souviens de nouveau à quel point ça a été fort, difficile aussi parfois, mais surtout… magique À quel point ça m’a transpercé le cœur, à chaque fois de mettre des enfants au monde. Ce dernier bébé ne prend pas la place des autres : il balaie le bruit, les souvenirs lourds, les années compliquées. Il me ramène à l’essentiel.

Cette nuit-là, je n’ai pas seulement accueilli mon dernier enfant. Je me suis reconnectée à mes 4 naissances. À mes 4 bébés. Et à une part de moi que j’avais perdue en chemin.

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